Appel au soutien de Tarek Mammeri, blogueur algérien

Tarek Mammeri, qui risque deux ans de prison ferme pour avoir fait usage de son droit à la liberté d’expression en Algérie – photo Kabyle.com

Relayé par willsummer

L’Observatoire des Droits de l’Homme Tizi-Ouzou (ODH Tizi-Ouzou) a appris que la cour d’Alger a requis le 20 décembre 2012 une peine de deux années de prison ferme contre le blogueur Tarek Mammeri et cela pour quatre chefs d’inculpations « Destruction de biens d’autrui, destruction de documents administratifs, incitation directe à attroupement et outrage à un corps constitué ».

L’affaire remonte aux législatives du mois de mai quand le jeune blogueur a posté des vidéos sur Youtube ou il a appelé au boycott des élections et il a critiqué les responsables politiques algériens, et dans l’une de ses vidéos il a arraché les panneaux d’affichage de la compagne électorale et il a brulé sa carte d’électeur.L’ODH Tizi-Ouzou note aussi que les autorités algériennes ont fait une proposition à la conférence mondiale des TIC à Dubaï ce mois de décembre, une proposition pour permettre aux gouvernements de contrôler l’internet.

A cet effet, l’ODH Tizi-Ouzou appelle les web-activistes et les militants des droits de l’Homme en Algérie à assister (ou à témoigner leur soutien sur la toile et au-delà, note, ws) à la prononciation du verdict du blogueur Tarek Mammeri qui aura lieu ce jeudi 27 décembre 2012 à la cour d’Alger et cela en guise de solidarité avec le jeune blogueur et pour une liberté d’expression et un internet libre en Algérie.

ODH Tizi-Ouzou

Informations complémentaires où il est question de violences subies par l’intéressé lors de son arrestation (ws):http://www.kabyle.com/fr/tarek-mammeri-et-noureddine-abdelaziz-arr%C3%AAt%C3%A9s-et-tabass%C3%A9s-par-la-police-21238-19122012

Abdou Bendjoudi : « Nous arracherons notre liberté et notre dignité »

En passant

Samedi 8 septembre 2012

 

Abdou Bendjoudi est un jeune militant associatif et défenseur des droits humains. Il active avec plusieurs associations et mouvements opposants, notamment le Mouvement de la Jeunesse Indépendante pour le Changement (MJIC) dont il est chargé de communication. Il est aussi un web activiste et blogueur, son blog, Le Club des Démocrates, est censuré en Algérie.

Le militant Abdou Bendjoudi

Ce 27 septembre, Abdou Bendjoudi passera en justice avec trois autres militants, Othmane Aouameur, membre du Réseau de Défense des libertés et de la dignité (RDLD), Yacine Zaïd, syndicaliste autonome et militant des droits humains et Lakhdar Bouzini, syndicaliste avec le Syndicat National autonome des personnels de l’administration publique (SNAPAP). Les autorités algériennes les ont traduits en justice pour « attroupement non armé« . L’affaire remonte à un rassemblement organisé en guise de soutien à un syndicaliste en grève de la faim et à lequel les quatre militants ont pris part.

Le Matindz : Après les élections législatives, plusieurs procès ont été engagés contre des militants des droits humains et des syndicalistes. Quelle est votre lecture sur cet acharnement ?

Abdou Bendjoudi : Cet acharnement était prévisible, le régime avait temporisé quelque temps pour que les procès des militants ne coïncident pas avec la présence des observateurs internationaux en Algérie… juste après le départ de ces derniers, il a actionné sa machine répressive (la justice) contre les syndicalistes, militants des droits de l’Homme, militants pour la démocratie, animateurs des foyers sociaux. Le régime attaque tout ce qui peut constituer une force vive qui mènera à bien ce changement que nous comptons arracher, avec tous les moyens pacifiques disponibles.

Votre procès avec 3 autres militants pour « attroupement non armé » prévu initialement pour le 19 juin, a été reporté et sans aucune raison au 27 septembre. Quelle issue prévoyez-vous à ce procès ? 

Le jour de notre procès, les dizaines d’activistes, citoyens et avocats présents au procès ont été étonnés de la façon avec laquelle la juge avait prononcé le report du procès de trois mois et demi sans donner la moindre explication, ce qui en dit long sur l’indépendance de cet appareil… Leur objectif était de nous perturber moralement, je crois que nous avons prouvé le contraire, de jour en jour, le régime se consume, et notre détermination grandit.

Pour l’issue à ce procès, sachez que tout est possible dans un Etat de non droit comme le nôtre, où les verdicts sont dictés par téléphone, mais la puissante mobilisation de tous les militants du MJIC en Algérie et à l’étranger, les organisations partenaires avec qui nous menons cette lutte sociale et politique contre le régime, les citoyens soucieux de l’avenir du pays, me laisse optimiste. Un grand syndicaliste qu’est Redouane Osmane disait qu’: »il n’y a que la lutte qui paye« , il a raison, et je rajoute il n’y que la lutte qui empêchera le retour aux assassinats politiques, et qui cessera ces harcèlements contre les citoyens militants pour une Algérie démocratique et sociale.

Vous avez appelé à un rassemblement devant la cour de Bab El Oued le jour du procès. Envisagez-vous d’autres actions ?

Effectivement, le MJIC avait appelé à la mobilisation citoyenne pour non seulement faire pression sur le régime et son appareil judiciaire, mais aussi pour dénoncer les harcèlements physiques et moraux que subissent les militants de toutes les organisations politiques, syndicales et de droits de l’Homme. Des camarades ont aussi initié une formidable compagne de solidarité à travers le monde, des pétitions lancées, nous avons saisi les grandes ONG internationales, le rapporteur spécial de l’ONU etc. La communauté internationale est au courant de ces harcèlements, j’espère seulement que l’intérêt humain primera sur l’intérêt économique cette fois-ci !

Le désengagement suite aux déceptions et la marginalisation a gagné la plupart des jeunes Algériens. Quel est à votre avis, le rôle de la jeunesse dans l’Algérie de demain ?

La réponse à cette question passe par une analyse socioéconomique, politique mais surtout une analyse anthropologique qui retracera tout le chemin miné qu’a parcouru notre peuple depuis son indépendance. Mais pour faire court, sachez qu’a chaque sortie de crise et depuis 50 ans, l’Algérien a été confronté à une nouvelle crise plus grave encore, d’une déception profonde après l’indépendance, à une dictature de l’incompétence, à une dictature médiocre, à l’intégrisme, à la décennie de terreur, au terrorisme d’Etat, et finalement à l’Etat policier qu’impose le chef d’Etat actuel, et la corruption qui gangrène tous les appareils de l’Etat. Aucun instant de répit depuis 50 ans! Imaginez-vous un peuple avec autant de résistance à la tyrannie ? Et qui se bat tous les jours ? Il manque à cette lutte, l’expression politique et citoyenne, nous y travaillons depuis des années malgré toutes les entraves, nous récolterons les fruits de ce travail dans l’avenir ! Le peuple est le faiseur du changement, sa jeunesse est sa force de frappe, nous arracherons notre liberté et notre dignité, même si ça coûtera nos vies.

Je tiens à profiter de l’occasion pour exprimer mon soutien à Abdelkader Kharba qui entame sa troisième semaine de grève de la faim, ainsi qu’aux membres de la Maison des Droits de l’Homme et du Citoyen Tizi-Ouzou, votre soutien nous honore.

 

Propos recueillis par  @Madjid_SERRAH

 

 

Lien original: http://paixetjustice.over-blog.com/article-abdou-bendjoudi-nous-arracherons-notre-liberte-et-notre-dignite-109862615.html