Le Massacre de Houla est un tournant du conflit syrien


Le 13 juin 2012, par Rainer Hermann

 

Le massacre de Houla est le tournant du conflit syrien. Se basant sur les observateurs de l’ONU, le public de l’Occident l’impute à l’armée syrienne. Il y a des rapports de témoins oculaires qui mettent en doute cette version. Selon eux, les civils ont été tués par des rebelles sunnites.

 

Le massacre de Houla a été un tournant dans le drame syrien. Il y a eu un immense tollé mondial lorsque le 25 mai 108 personnes furent tuées, avec parmi elles 45 enfants.

Des appels à une intervention militaire furent entendus et depuis la violence n’a fait que s’accroître en Syrie. Se basant sur des chaînes d’informations arabes et la visite des observateurs de l’ONU le lendemain, l’opinion publique mondiale a dans sa quasi-unanimité a imputé le massacre à l’armée régulière syrienne et à ses alliés proches, la milice Shabiha.

La semaine dernière [le 7 juin], le « Frankfurter Allgemeine Zeitung » (FAZ) a remis en question cette version sur la base de rapports de témoins oculaires. Il a rapporté que les civils tués avaient été des Alaouïtes et des Chiites. Ils ont été assassinés exprès par des Sunnites armés à Taldou, une ville sur la plaine de Houla, alors qu’il y avait de lourds combats en cours autour de la ville et des barrages routiers, entre l’amrée régulière et des unités de l’Armée Syrienne Libre (ASL). Plusieurs médias mondiaux ont depuis commenté cet article, la plupart le rejetant comme n’étant pas fiable. Il y a donc quatre questions: Pourquoi l’opinion publique mondiale a-t-elle suivi une autre version jusqu’à maintenant? Pourquoi le contexte de la guerre civile rend-il la version du FAZ plausible? Pourquoi les témoins sont-ils fiables? Quels autres faits soutiennent cette version?

Premièrement, pourquoi l’opinion publique mondiale a-t-elle suivi une version différente? Sans doute, toutes les atrocités commises dans les premiers mois du conflit, alors que l’opposition n’avait pas d’armement et était sans défense, doivent être imputées au régime. C’était donc une présomption logique que de penser que cela allait continuer. De plus, les médias publics syriens n’ont aucune crédibilité. Depuis le début du conflit, ils ont utilisé de manière répétitive des formules telles que « groupes terroristes armés ». C’est pourquoi personne ne les croit quand c’est vraiment ce qui se passe. Les chaînes d’infos al-Jazeera et al-Arabiya, par contre, sont devenues les médias en pointe. Elles appartiennent au Qatar et à l’Arabie Saoudite, deux états activement impliqués dans le conflit. Pour de bonnes raisons, nous connaissons l’adage: « En guerre, la vérité est la première victime ».

Deuxièmement, pourquoi le contexte de la guerre civile rend-il la version du FAZ plausible? Ces derniers mois, beaucoup d’armes ont été introduites en contrebande en Syrie; depuis longtemps, les rebelles utilisent des armes moyennement lourdes. En Syrie, plus de 100 personnes ont été tuées chaque semaine, les morts sont équilibrées des deux côtés. La milice combattant sous la bannière de l’ASL contrôle une grande part des provinces de Homs et d’Idlib et étend son règne sur de larges parties du pays. L’absence croissante de la règle du droit a mené à une vague d’enlèvements criminels; elle a aussi permis de régler certaines vielles histoires. Quiconque cherche sur Facebook ou parle à des Syriens: Tout le monde connaît des histoires de « nettoyages confessionnels » – de personnes se faisant tuer simplement parce qu’ils sont Alaouïtes ou Sunnites.

La plaine de Houla, surtout peuplée de Sunnites, située entre le Homs sunnite et les montagnes des Alaouïtes a connu une longue histoire de tensions inter-confessionnelles. Le massacre a eu lieu à Taldou, l’une des plus grandes villes de Houla. les noms des 84 civils sont connus. Ce sont les pères, les mères et 49 enfants de la famille al-Sajjid et deux branches de la famille Abdarrazzaq. Des riverains ont dit que les victimes étaient des Alaouïtes et des Musulmans qui s’étaient convertis de l’Islam Sunnite à l’Islam Chiite. A quelques kilomètres de la frontière du Liban, ceci les rend suspects d’être des sympathisants du Hezbollah qui est honni parmi les Sunnites. En plus, des membres de la famille du député Abdalmuti Mashlab, qui avait été fidèle au régime, figuraient parmi les victimes.

Les appartements des trois familles sont dans des parties différents de Taldou. Les membres des familles ont été tuées de manière ciblée avec une seule exception. Aucun voisin ne fut même blessé. Une connaissance des lieux était indispensable pour ces « exécutions » bien planifiées. L’agence de presse AP a cité le seul survivant de la famille al-Sajjid, Ali, onze ans: « Les assassins avaient la tête rasée et portaient de longues barbes « . Ceci est ce à quoi ressemblent des Jihadistes fanatiques, pas la milice Shabiha. Le garçon avait survécu en feignant la mort et en se recouvrant du sang de sa mère, selon ses dires.

 

Les rebelles sunnites poursuivent la « liquidation » de toutes les minorités

 

Dès le 1 avril la nonne Agnès-Maryam du monastère Jacob (« Deir Mar Yakub ») au sud de Homs dans la ville de Qara avait décrit le climat de violence et de peur dans la région dans une longue lettre. Elle y concluait que les rebelles sunnites étaient en train de se livrer à une liquidation par étapes de toutes les minorités; dans sa lettre elle décrit l’xpulsion de Chrétiens et d’Alaouïtes de leurs maisons alors qu’elles étaient occupées par les rebelles et le viol de filles qui étaient passées aux rebelles comme « butin de guerre »; elle avait été témoin oculaire quand sur la route de Wadi Sajjeh des rebelles avaient tué un commerçant refusant de fermer son échoppe avec une bombe dans une voiture et puis, devant une caméra d’al-Jazeera, ces mêmes rebelles déclaraient que cet acte avait été commis par le régime. Finalement ensuite elle décrit comment, dans le quartier Khalidijah de Homs, des rebelles sunnites avaient enfermé des otages alaouïtes et chrétiens dans une maison, faite exploser seulement pour déclarer plus tard que ceci avait encore été une atrocité perpétrée par le régime..

Pourquoi les témoins oculaires syriens doivent-ils être considérés comme crédibles? Parce qu’ils n’appartiennent à aucune des factions en conflit mais se tiennent entre les lignes de bataille et n’ont d’autre intérêt que d’essayer d’empêcher une escalade supplémentaire de la violence. Plusieurs de ces personnes ont déjà été tuées depuis. Donc personne ne veut révéler son identité. Mais il ne peut y avoir aucune certitude sur tous les détails d’un coup quzand il n’y a pas de possibilité de vérifier tous les faits sur place. Même si le massacre de Houla s’est produite ainsi que décrit plus haut, nous ne pouvons tirer de conclusions sur les autres massacres. Comme était le cas dans la guerre du Kosovo, chaque massacre doit être examiné individuellement.

Quels sont les autres faits soutenant la version décrite ici? Le FAZ n’était pas le premier à rapporter une autre version du massacre de Houla. Les autres rapports ne pouvaient tout simplement pas tenir la route face aux grands médias. le journaliste russe Marat Musin (1) qui travaille pour la petite agence de presse Anna avait été à Houla les 25 et 26 mai, avait été témoin oculaire partiel et avait publié les déclarations d’autres témoins oculaires. Egalement, l’arabiste néerlandais et journaliste indépendant Martin Janssen avait contacté le monastère Jacob à Qara où beaucoup de victimes avaient été hébergées et où les bonnes soeurs font du travail humanitaire de manière désintéressée.

 

Les rebelles présentent leur version du massacre aux observateurs de l’ONU

 

Les nonnes lui décrivirent comment plus de 700 rebelles, venant de Rastan, avaient pris un barrage routier avant Taldou, avaient entassé les corps des soldats morts et de civils devant la mosquée et, prenant la pose devant les caméras d’une chaîne d’info sypathisante avec les rebelles, ils avaient présenté aux observateurs de l’ONU leur version du massacre présumé commis par l’armée syrienne. Le jour suivant, le Secrétaire Général de l’ONU Ban Ki-Moon rapportait au Conseil de Sécurité de l’ONU que les circonstances détaillées n’étaient toujours pas claires. Mais l’ONU pouvait confirmer que « il y avait eu des tirs d’artillerie et de grenades. Il y avait aussi eu d’autres formes de violence comprenant des tirs à distance rapprochée et des abus sérieux ».

Cette progression d’événements peut être reconstruite: après la Prière du vendredi du 25 mai, plus de 700 hommes armés sous la direction d’Abdurrazzaq Tlass et Yahya Yusuf ont attaqué – arrivant en trois groupes depuis rasten, Kafr Laha et Akraba – trois barrages routiers autour de Taldou. Les rebelles étant plus nombreux que les soldats (la plupart sunnites eux aussi) les engagèrent en une bataille sanglante, tuant deux douzaines de soldats, pour la plupart des conscrits. Pendant et après les combats les rebelles ont exécuté les familles al-Sajjid et Abdarrazzaq. Ils avaient refusé de rejoindre l’opposition.

 

(1) Le journaliste Marat Musin a aussi confirmé la présence d’officiers français sur le sol syrien, capturés par l’armée régulière et qui ont fait l’objet de négociations dont les termes sont restés secrets pour leur expulsion via le Liban.

 

Source: http://www.currentconcerns.ch/index.php?id=1830

http://www.faz.net/aktuell/politik/arabische-welt/syrien-eine-ausloeschung-11784434.html

 

 

Traduit depuis le web par willsummer

 

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