La Nature aussi…

La Nature aussi fait partie des 99%

 

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Note : Cet article fut écrit le 27 octobre 2011 par Chip Ward, écrivain et activiste états-unien, traduit en français par mes soins et avec sa permission. Il est d’actualité.

 

L’économie est construite sur le concept d’une croissance perpétuelle, ce qui est un désastre écologique et sanitaire pour tous sauf pour le « 1% ».

 

Et si l’élévation du niveau des mers était une autre mesure de l’inégalité ? Et si la dégradation des systèmes vitaux pour la vie de la planète – son atmosphère, ses océans et la biosphère – allait de pair avec l’accumulation de richesses, de pouvoir et de contrôle de la part de ce 1% avide et corrompu dont nous entendons parler à Zuccotti Park ? Et si l’assaut contre la classe moyenne états-unienne et celui contre l’environnement étaient en fait le même ?

Il n’est pas difficile pour moi de comprendre comment la pollution écologique et l’inégalité économique ont pu se retrouver chevillées ensemble. Durant toutes mes années en tant que coordinateur de la base, confronté à l’impact tragique d’habitats dégradés sur la santé publique, c’était toujours la même histoire : quelqu’un s’enrichissait et quelqu’un d’autre devenait malade.

Durant les batailles dans lesquelles j’ai été impliqué pour mettre un frein pollueurs et préserver la santé publique, ceux qui voulaient des freins, de la responsabilité et des précautions se voyaient toujours dépassés en budget, plusieurs fois, par ceux qui ne voulaient aucune restriction à leurs effluents.

Nous creusions dans nos poches pour affranchir les lettres, ils avaient des comptes de fonctionnement. Nous faisions des tracts à glisser sous les essuie-glaces des voitures en stationnement, ils achetaient des espaces publicitaires à la télévision. Nous prenions sur notre temps de travail pour rendre visite aux législateurs, pour découvrir qu’ils étaient partis déjeuner avec des lobbyistes professionnels.

Naturellement, les barons des industries chimique et nucléaire ne résident pas à proximité des décharges radioactives ou chimiquement polluées que leurs corporations créent ; par contre, des populations noires ou brunes et précaires vivent souvent près de telles zones écologiquement sacrifiées car ils n’ont pas les moyens de vivre ailleurs.

De la même manière, les communautés grillagées des hyper-riches ne sont jamais construites près de rivières-égouts ou de paysages de cheminées d’usine fumantes, mais les bidonvilles de la planète, si. Ne pensez pas, cependant, que ce soit pour des raisons de valeur immobilière ou de paysage. C’est une affaire de privilège à la santé, si vos gosses ont ou non du plomb ou des dioxines dans le sang. C’est une équation très simple, en fait : les disparités de revenus deviennent des disparités sanitaires.

Et voici une autre équation : s’il y a de l’argent à se faire, l’environnement et les travailleurs sont sacrifiables. Tout comme les emplois migrent si une main d’oeuvre moins chère peut être trouvée à l’étranger, je connais des travailleurs qui ont été jetés sur le bas-côté lorsqu’ils tombèrent malades de l’air vicié ou des produits toxiques qu’ils rencontraient sur leur lieu de travail.

Le fait est : nous ne nous libérons d’un système économique injuste et dys-fonctionnel que lorsque nous commençons à nous percevoir comme des communautés et non des anonymes. Ceci est un message clair d’Occupy Wall Street (OWS).

Les pollueurs s’éloignent régulièrement des sols qu’ils empoisonnent et attendent des contribuables qu’ils fassent le ménage après eux. En « externalisant » de tels coûts, les bénéfices sont augmentés. Les exemples d’empoisonnement des sols et d’abandon de terres sont trop nombreux à énumérer, mais la plupart d’entre nous peuvent se référer à un tel « site » non loin de chez eux.

Clairement, Mère Nature fait partie des exploités, de ceux qui galèrent, de ceux dont les droits sont bafoués.

 

 

Democracy 101

 

Les 99% payent l’écart de richesses par des emplois perdus, des maisons saisies, des retraites en berne et des services publics réduits, mais la Nature paye, aussi. Dans le monde que le 1% a créé, les besoins d’écosystèmes entiers sont aussi aisément ignorés que, disons, le besoin des jeunes d’avoir une éducation sans dettes ou des emplois enrichissants.

L’extrême disparité et la profonde inégalité génèrent un double système de valeurs aux profondes conséquences. Si vous êtes un PDG qui écrème des millions de dollars sur le labeur des autres, cela s’appelle un « bonus ». Si vous êtes une victime d’inondation entrant par effraction dans un magasin de sport pour prendre un gilet de sauvetage cela s’appelle du « pillage ». Si vous perdez votre boulot et prenez du retard sur le paiement de votre hypothèque, vous êtes expulsé(e). Si vous êtes un banquier/trader qui a mis au point des hypothèques toxiques qui ont fait perdre leurs toits à un million de personnes, vous obtenez une opulente résidence secondaire près d’un terrain de golf.

Si vous traînez de lourds filets sur le fond de l’océan et pulvérisez un écosystème entier, mettant fin à des milliers d’années dévolution dynamique et privant les générations futures d’un océan sain, cela s’appelle la liberté d’entreprendre. Mais si, comme Tim DeChristopher, vous troublez une vente aux enchères de terres publiques à des compagnies pétrolières ou gazières, cela s’appelle un crime et vous prenez deux ans fermes.

Dans les campagnes pour rendre les corporations pollueuses responsables, mes voisins de l’Utah et moi avons appris cette vérité simple : les choix concernant ce que nous devons autoriser dans l’air que nous respirons, l’eau que nous buvons et la nourriture que nous mangeons se traduisent sans attendre en expériences de chair et de sang, bien réelles de la vie quotidienne. Il est donc primordial que ces décisions, concernant la qualité de l’environnement et la santé publique, soient prises ouvertement, inclusivement et de manière responsable. C’est Democracy 101.

Les corporations qui déchirent les habitats et contaminent votre air et votre eau sont tout sauf démocratiques. Faites la queue pour avoir vos 30 secondes devant un micro à une audition publique devant décider de l’emplacement d’une centrale nucléaire, de l’effluent d’une ferme industrielle ou de l’ablation d’un sommet de montagne et vous comprendrez très vite : les corporations qui profitent d’une telle destruction écologique sont distantes, arrogantes, dissimulatrices et insensibles.

Les 1% sont prêts à dépenser des milliards pour gêner les initiatives démocratiques, ce qui fait que chaque problème soi-disant écologique est également un problème structurel de la culture démocratique.

 

Tuer d’abord l’EPA (Environmental Protection Agency), ensuite la Sécurité Sociale

 

Au-delà de la rhétorique sur la liberté des nouvelles stars du Parti Républicain, la stratégie est assez simple : obstruez et désinformez, puis portez la faute du Capharnaüm qui s’ensuit au « gouvernement ».

C’est une immense arnaque.

Dites aux électeurs que le gouvernement ne marche pas puis, une fois élu, prouvez-le. Et en premier sur la liste des institutions publiques qu’ils veulent marginaliser et/ou tuer l’Environmental Protection Agency (EPA), afin de pouvoir se débarrasser définitivement du mur fragile de lois qui vous protège des toxines dans votre circulation sanguine.

Sondage après sondage démontre que les citoyen(ne)s comprennent très bien le besoin de règles et de garde-fous écologiques. Le mercure n’est jamais déversé dans le système sanguin de mères allaitantes par consensus, ou les nappes phréatiques crackées jusqu’à ce qu’elles soient inflammables par volonté populaire. Mais les idéologues néo-libéraux du Parti Républicain sont unis dans l’opposition à toute règle ou norme qui entrave la « magie » du marché et du capital.

La même fixation sur les rappports de résultats trimestriels de bénéfices qui considère les marées noires comme inévitables accepte aussi le chômage comme inévitable. Massacrer les habitats sauvages pour faire du profit et faire la même chose sur un lieu de travail ne sont considérées que comme le prix à payer pour faire des affaires. Abattre toute une forêt ou toute une usine de salarié(e)s sont les deux faces d’une même médaille.

Méfiez-vous de la croissance

faire croître l’économie a été le refrain de l’administration Obama et la justification de chaque mauvaise affaire, réduction de budget ou compromis bancal qu’elle ait opérée.

L’effort désespéré vers la croissance économique pour résoudre nos problèmes économiques est ce qui garde Timothy Geithner à la barre de l’US Treasury (Ministère des Finances US, ndt.) et ce qui empêche la maîtrise des émissions de gaz à effet de serre. C’est pourquoi on nous dit que nous devons sacrifier la qualité de notre environnement pour des oléoducs et pourquoi de jeunes femmes et de jeunes hommes sont sacrifiés pour protéger l’accès au pétrole, le lubrifiant d’un moteur économique vorace.

L’empire financier du 1% et l’ordre politique qu’il a fabriqué prêchent la croissance perpétuelle et facile. Comment, je vous le demande, y en aura-t-il assez pour tous si nous ne continuons pas à croître ?

La contradiction fondamentale de notre temps est celle-ci : nous avons construit un moteur économique qui englobe tout et a besoin d’une croissance continue. Une contraction d’un ou deux pour cent est une crise, mais pourtant nous vivons dans des écosystèmes qui atteignent ou ont atteint leurs limites.

Ceci n’est pas compliqué : il n’y a que tant de terre arable ou d’eau potable disponible, que tant de poissons dans les mers, que tant de CO2 que la planète puisse absorber tout en demeurant habitable.

Oui, vous pouvez contourner cette contradiction pendant quelque temps en exploitant l’écosphère de votre voisin, en utilisant des avancées technologiques pour étendre vos ressources naturelles et voler à l’avenir – c’est-à-dire en épuisant la terre, les minéraux, l’eau dont vos petits-enfants auront besoin (qui, un jour, feront partie de ces 99%). Mais les limites à ces stratégies familières et qui, naguère, eurent tant de succès deviennent en permanence plus évidentes.

À un moment donné nous accepterons que nous ne pouvons exister au-delà des frontières du monde naturel, que (comme pour chaque autre espèce) si nous surchargeons la capacité de notre environnement, nous allons à la catastrophe.

Les températures qui augmentent, un climat chaotique, des tempêtes de plus en plus fortes, des feux de forêt gigantesques, des sécheresses épiques en dimension, des inondations bibliques, une avalanche de disparitions d’espèces… Cette catastrophe nous guette, maintenant.

Dans le règne humain, cela se traduit par la famine et la violence, des migrations en masse et des conflits civils, des états en échec et des guerres de ressources.

Comme tant d’autres choses de nos jours, la chute, en fait, ne sera pas subie également par tous. Le 1% sera en haut de la colline pendant que les 99% seront dans la plaine en contrebas en train de nager pour sauver leurs vies, s’accrochant à des débris ou se noyant. La Grande Dépression avait présenté exactement comment cela se passera.

Une économie non-soutenable est intrinsèquement injuste et il y a pire à venir. Après tout, la voiture file vers le bord de la falaise, les petits-enfants sont sur la banquette arrière et tout ce qui nous occupe c’est qui peut le mieux appuyer sur l’accélérateur.

 

Occupy Earth

 

Il faut rendre le crédit là où il est dû : c’est le génie des manifestants de Zuccotti Park d’avoir déplacé le débat public vers l’équité de la distribution des devoirs et des récompenses économiques et si ce système nous grandit et nous unit, ou nous réduit et nous divise.

Il est difficile d’imaginer comment nous allons adresser nos crises écologiques convergentes sans d’abord contester la manière dont la concentration de richesse et de pouvoir a capturé le système politique. Tant que Washington sera dominée et intimidée par des multinationales pétrochimiques, les spéculateurs de Wall Street et les entreprises qui peuvent acheter l’influence et même instaurer des règles qui rendent l’achat d’influence possible, il n’y a pas de moyen substantiel de guérir l’addiction de notre économie au charbon, au gaz et au pétrole ni ses conséquences dramatiques.

Les 99% de la Nature sont une communauté d’espèces d’une merveilleuse diversité. Elles se nourrissent, partagent et recyclent dans une trame de relations si dynamiques et complexes que nous avons encore à comprendre comment tout se tient si bien ensemble. Ce que nous avons excellé à faire jusqu’à maintenant a été de briser les choses en leurs morceaux et ensuite les ré-assembler ; c’est, après tout, comme çà qu’un baril de pétrole devient du comburant pour fusée ou une chaise de jardin.

Quand il s’agit de phénomènes de la vie plus chaotiques et moins linéaires tel le climat, les écosystèmes, les systèmes immunitaires ou le développement foetal, nous commençons à peine à comprendre les seuils et les boucles d’inter-relations, la manière dont LE TOUT EST DAVANTAGE QUE L’ENSEMBLE DES PARTIES. Mais au moins savons-nous que les parties sont profondément importantes et que, avant de pouvoir complètement les comprendre, nous les perdons à un rythme qui s’accélère. Les forêts se meurent, les territoires de pêche disparaissent, l’extinction a pris des anabolisants…

Dégrader les systèmes actifs de la planète pour grossir la ligne en bas du relevé de compte est stupide et irresponsable. Cela nous nuit à tous. Non moins important, c’est inique. Les 1% s’engraissent pendant que le reste d’entre nous tousse et endure.

Après Occupy Wall Street, n’est il pas le moment d’Occupy Terre ?

 

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